Jeune et active après un traitement

le 6 avril 2026

Stephanie Morgan a toujours su qu’elle avait un souffle cardiaque, qui était causé par sa valve aortique bicuspide — avec deux feuillets plutôt que les trois habituels. Elle avait des suivis annuels en cardiologie pour surveiller sa valve. 

Cette maladie ne l’a jamais ralentie : à l’école, en banlieue de Montréal, Stephanie jouait au basketball et au football drapeau; et elle aimait aussi danser et nager. Elle savait qu’elle aurait probablement besoin d’une chirurgie cardiaque un jour, mais pas avant des décennies, dans sa quarantaine ou sa cinquantaine. 

Le week-end de ses 19 ans, en décembre 2014, Stephanie s’est évanouie alors qu’elle participait à un tournoi de basketball. S’est amorcé alors un parcours de soins précipité auquel personne ne s’attendait. Stephanie a partagé son histoire avec Une voix aux maladies valvulaires Canada. 

Que s’est-il passé après votre évanouissement? 

Ce week-end-là, j’ai senti ma santé se détériorer. J’ai eu peur de m’évanouir à nouveau en prenant une douche, et j’arrivais à peine monter l’escalier de 10 marches de notre maison. 

Au début, je croyais que j’avais fêté mon anniversaire un peu trop fort, puis ça a commencé à ressembler à quelque chose de plus grave. Le lundi matin, j’ai dit à mes parents que je me sentais mieux pour les rassurer. Ils sont donc allés travailler. J’avais l’intention d’aller à l’école, mais j’ai fini par me sentir si mal que j’ai décidé d’aller à l’urgence. 

Le trajet vers l’hôpital a été d’une heure et demie en bus et en métro. Quand je suis arrivée à l’urgence, j’étais épuisée et couverte de sueur. J’ai passé un électrocardiogramme, et on m’a dit qu’il se pouvait que je doive subir une chirurgie cardiaque pour ma valve. 

On m’a demandé si je voulais appeler quelqu’un. J’ai dit : « Eh bien, ma mère travaille à l’étage. » 

Cela a dû être un choc, pour vous et pour votre mère. 

L’appel a complètement renversé ma mère : « Tout va bien, mais nous avons besoin que vous descendiez : votre fille est ici. » En effet, aucune de nous ne s’attendait à ce que j’aie besoin d’une chirurgie de remplacement valvulaire si jeune. 

Toutefois, je pouvais sentir que je n’étais plus moi-même. Je savais que, si ma valve était responsable de mon état, l’opération était inévitable. 

À partir de ce moment, j’étais déterminée à m’informer le mieux possible et ne pas laisser l’anxiété rendre les choses plus stressantes qu’elles ne l’étaient déjà. J’avais juste hâte de me sentir mieux. 

Comment avez-vous choisi le type de valve de remplacement? 

Avec mon équipe médicale, nous avons parlé des avantages et des inconvénients d’une valve bioprothétique et d’une valve mécanique. Ayant fait beaucoup de recherches au préalable, j’avais déjà une idée claire de ce que je voulais : une valve bioprothétique. 

Une valve mécanique exige la prise d’anticoagulants; et, me connaissant, je savais que j’aurais eu de la difficulté à prendre ces médicaments de façon constante tous les jours — avec mon emploi du temps imprévisible. De plus, on m’a dit que le basketball pourrait être trop dangereux et que la boxe, un de mes sports préférés, serait absolument interdite. 

On m’a recommandé la valve mécanique parce qu’elle aurait duré plus longtemps. Toutefois, j’ai expliqué les raisons pour lesquelles je n’étais pas d’accord, et on m’a dit : « Très bien. Nous poserons une valve bioprothétique. » 

Ça ne me dérangeait pas de devoir subir un autre remplacement valvulaire dans le futur. Je voulais juste, autant que possible, retrouver une vie normale. 

Après la chirurgie, qu’est-ce qui a favorisé votre rétablissement? 

Les premiers jours ont été difficiles parce que j’avais des nausées et des vomissements. Il s’est avéré que c’était une intolérance à la morphine, et l’équipe a agi rapidement pour que les symptômes cessent. J’ai eu très mal jusqu’à ce qu’on me donne un autre médicament pour gérer la douleur. 

Après ça, les choses se sont bien passées. Lorsque je me promenais dans l’unité cardiaque, les gens m’interpellaient : « Oh, tu es la jeune de 19 ans qui vient de subir une chirurgie cardiaque! »  

De retour à la maison, je n’avais accès à aucun programme de réadaptation cardiaque approprié. J’ai donc rejoint des groupes Facebook pour apprendre ce qui avait aidé les patients ayant subi une chirurgie valvulaire à se rétablir. Puis, j’ai commencé à faire de l’activité physique, et j’ai trouvé le bon niveau en écoutant mon corps.  

Si j’essayais d’en faire trop, je me sentirais épuisée et serais obligée de rester au lit le lendemain. J’ai vite appris mes limites, et je tentais d’en faire autant que je pouvais sans les dépasser. 

Comment votre nouvelle valve a-t-elle changé votre vie? 

Après environ six mois, je me suis rendu compte que je me sentais vraiment bien : je pouvais aller travailler, rentrer à la maison, préparer le souper pour ma famille et avoir encore de l’énergie!  

Toute la douleur et l’adversité, et tout le reste que j’avais vécus jusqu’à ce moment en valaient enfin la peine — c’était le retour à la normale. 

Après neuf ans à vous sentir bien, à garder la forme et à rester active, qu’est-ce qui a changé? 

Je travaillais dans un salon de coiffure à l’époque. Un jour, alors que je balayais le plancher, tout est soudainement devenu très flou autour de moi. Je me suis sentie étourdie et à bout de souffle; j’avais des palpitations et les jambes lourdes. 

Je me suis assise pour dissiper le malaise. Mais, quand je me suis relevée, j’ai ressenti les mêmes symptômes. Mon employeur m’a demandé si c’était peut-être une crise de panique, mais je savais que ce n’en était pas une. Je suis rentrée chez moi, puis ma mère m’a emmenée à l’hôpital local. 

J’ai passé quelques tests de base, et on m’a dit que tout semblait normal. On a voulu me renvoyer chez moi, mais j’ai respectueusement insisté pour qu’on trouve ce qui n’allait pas. Après d’autres tests, on m’a dit : « Nous pouvons voir que quelque chose cloche, mais nous ne sommes pas certains de ce que c’est. » Ainsi, on m’a transférée à l’hôpital de mon cardiologue. 

Là, lors d’une échographie du cœur, le technicien m’a dit : « Vous a-t-on dit que votre valve devait être changée? »  

J’ai été surprise qu’il me dise ça : pendant les tests précédents, on ne m’avait jamais donné les résultats. Il m’a simplement dit : « Je fais ça depuis assez longtemps pour savoir que je n’ai pas tort. » 

Donc, vous aviez une décision à prendre au sujet d’un autre remplacement valvulaire. 

Oui. Dans les groupes Facebook, de plus en plus de gens parlaient de « TAVI » (implantation valvulaire aortique par cathéter). Avec cette approche, une nouvelle valve bioprothétique pouvait être insérée à l’intérieur de ma valve existante au moyen d’un tube, sans que j’aie à subir une chirurgie à cœur ouvert. 

Après discussion avec mon équipe médicale, j’ai passé des tests pour vérifier si j’étais une bonne candidate à la TAVI, et les résultats l’ont confirmé. Toutefois, comme mon aorte était un peu dilatée, je n’allais peut-être pas avoir cette option à l’avenir. J’ai donc choisi de procéder à la TAVI sans tarder. 

À partir de ce moment, on m’a dit de mentionner, chaque fois que je présenterais à l’hôpital, que j’étais suivie par l’équipe TAVI : je serais ainsi traitée en priorité. C’était vraiment rassurant pour les mois qui ont précédé l’opération.  

Stephanie après son intervention TAVI.

Comment s’est déroulé votre rétablissement après la TAVI? 

Le lendemain de l’opération, je me souviens de m’être assise sur mon lit en pensant : « Ouah! Il y a moins de 24 heures, on remplaçait ma valve; et maintenant, je suis de retour à la maison. » C’était tellement différent de la chirurgie à cœur ouvert. 

Environ un mois et demi après ma TAVI, j’ai assisté à mon premier cours de yoga chaud avec ma belle-sœur. Après trois mois, j’ai repris la boxe. 

Tout cela s’est passé en 2023. Comment vous sentez-vous aujourd’hui? 

Ce remplacement valvulaire a tout changé pour moi. J’ai pu essayer de nouvelles choses, sans craindre que mon cœur ne soit pas assez fort.  

Je connais les signes d’une valve qui commence à se détériorer, comme les étourdissements, l’essoufflement et les évanouissements. Avant que ça se produise, j’aime me donner la chance de faire de nouvelles choses. Si je ne m’en sens pas capable physiquement, alors je passerai à autre chose. Au moins, j’aurai essayé.  

J’ai décroché mon diplôme en soins infirmiers, et je tente d’obtenir un poste de paramédicale. Les instructeurs m’ont dit : « Si vous réussissez l’examen physique, alors nous ne pouvons pas vous dire que vous ne faites pas l’affaire. » 

J’ai donc commencé à m’entraîner pour les tests d’aptitude. Chaque jour, je m’efforce de ne pas considérer mon cœur comme un facteur déterminant ce que je peux faire ou ne pas faire. 

Stephanie et son père assistant à un événement pour les personnes atteintes d’une maladie valvulaire.

Qu’aimeriez-vous que plus de gens sachent sur les maladies valvulaires?  

Dans mon parcours, des gens — y compris des coéquipiers sportifs et d’anciens petits amis — ont dit des choses injustes à mon sujet quand ils ont appris que j’avais subi une chirurgie valvulaire. Ça m’a dérangé, ce manque de connaissances qui les a amenés à m’imposer leurs propres limites. 

En tant que jeune adulte ayant subi une chirurgie cardiaque et qui se sent bien, je veux dire que vous pouvez avoir une vie très normale malgré la maladie — elle n’a pas à être un fardeau. C’est possible de vivre une belle vie remplie d’aventures et de découvertes, même avec une maladie valvulaire. 

Si mon histoire peut aider une personne jeune à se sentir moins seule ou à garder espoir face à la maladie valvulaire, alors mon expérience en a absolument valu la peine. 

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