Un diagnostic surprise à 53 ans
Chuck en vacances avec sa fille, Kate, et sa femme, Elizabeth.
Chuck Bruce a été ravi d’apprendre qu’il avait une nouvelle médecin de famille. Comme beaucoup de gens au Canada, il n’en avait pas, et ce, depuis un certain temps, depuis que son médecin précédent avait pris sa retraite.
Au premier rendez-vous de Chuck, sa médecin a écouté son cœur : elle déplaçait son stéthoscope de gauche à droite de sa poitrine. Quand Chuck lui a demandé pourquoi elle faisait cela, elle lui a répondu : « Je suis le son de votre souffle cardiaque. »
« Quel souffle? », demanda-t-il.
Un souffle cardiaque est souvent le premier signe d’une maladie valvulaire. Cet instant a marqué le début d’un parcours retentissant pour Chuck, résident de St. John’s et président-directeur général de Provident10, qui supervise le régime de retraite de la fonction publique à Terre-Neuve-et-Labrador. Chuck a partagé son histoire avec Une voix aux maladies valvulaires Canada.
Avez-vous été surpris d’apprendre que vous aviez un souffle cardiaque?
Oui. Peut-être qu’on me l’avait déjà dit, mais, si c’est le cas, je n’y avais pas prêté attention. Après avoir détecté mon souffle avec son stéthoscope, ma médecin m’a demandé si j’avais des essoufflements.
Je lui ai répondu que je ne pensais pas en avoir. Mais ma femme, Elizabeth, qui était dans la pièce avec moi parce qu’elle avait son propre rendez-vous après le mien, a dit : « Eh bien, moi, je pense que tu en as. » Elle a parlé d’un samedi récent lors duquel je faisais des corvées autour de la maison. « Tu semblais un peu plus essoufflé que d’habitude. »
Parfois, nos proches remarquent des choses que nous ne voyons pas nous-mêmes. En y repensant, je constate qu’Elizabeth a su que quelque chose n’allait pas avant moi.
Que s’est-il passé ensuite?
La médecin a envoyé des requêtes pour une tomodensitométrie et une échocardiographie. En quelques semaines, j’ai eu la tomodensitométrie : mon rendez-vous était à 15 h un mercredi.
J’ai quitté l’hôpital vers 15 h 45. Cinq minutes plus tard, en conduisant, j’ai ressenti une douleur à la poitrine. Au début, j’ai cru que c’était des gaz ou une indigestion, ou peut-être une réaction au produit de contraste qu’on m’avait injecté pour le test. Puis, la douleur s’est aggravée, ressemblant à la description populaire d’une crise cardiaque – comme si un éléphant était assis sur ma poitrine.
À cinq minutes de chez moi et de l’hôpital, j’ai pris une décision qui a probablement sauvé ma vie : je suis retourné à l’hôpital, à l’urgence.
Que s’est-il passé au service d’urgence?
Après deux prises de sang, on m’a dit que j’avais eu une crise cardiaque légère. C’était le 23 juin 2023.
Le jour même, on m’a admis à l’hôpital. Au cours des jours suivants, j’ai eu deux angiographies et deux échocardiographies. On m’a diagnostiqué une sténose aortique modérée et dit que j’avais besoin d’une chirurgie à cœur ouvert pour remplacer ma valve aortique.
REMARQUE : Aucune donnée probante n’indique que la sténose aortique augmente le risque de crise cardiaque. Cependant, certains facteurs de risque associés à la sténose aortique — soit l’hypertension artérielle, le diabète et l’hypercholestérolémie — sont aussi liés à la coronaropathie, qui peut mener à une crise cardiaque.
Comment était l’attente de la chirurgie valvulaire?
Il m’a fallu quelques jours pour me remettre du choc initial : j’étais un patient cardiaque dans un hôpital. Deux jours auparavant, je tondais le gazon! Comme je me sentais bien, j’ai voulu rentrer à la maison et attendre l’appel pour l’opération.
Mais, on m’a dit qu’en rentrant chez moi, je deviendrais un patient externe, et que l’attente pour la chirurgie pourrait être beaucoup plus longue — de 12 à 14 mois, pour un cas non urgent.
Je n’aimais pas l’idée d’occuper un lit d’hôpital alors que d’autres personnes étaient plus malades que moi. Par contre, j’ai pensé à ma femme, qui était à mes côtés, et à notre fille : « Comme mari et père, je ne peux pas, en toute bonne conscience, quitter l’hôpital, puis me coucher tous les soirs sans savoir si je vais me réveiller. Au moins, si quelque chose arrive pendant que je suis à l’hôpital, j’ai une chance de survivre. »
Je me suis donc installé à l’hôpital, et j’ai subi mon opération cinq semaines plus tard.
Comment avez-vous géré le stress?
Différentes choses m’ont aidé à surmonter cette épreuve.
D’abord, nous avons reçu du soutien de nos familles et de nos amis, surtout ma femme et ma fille durant mon séjour à l’hôpital. Ça m’a enlevé 99 % du poids sur mes épaules.
De plus, j’ai appris l’importance de faire attention à ma santé mentale. Recevoir un diagnostic comme le mien peut être bouleversant. Il y a eu des moments d’incertitude, de peur et d’anxiété, particulièrement en attente de la chirurgie. Ce qui m’a aidé : parler ouvertement avec ma famille et me concentrer sur ce que je pouvais contrôler. Je recommande à toute personne confrontée à un grave problème de santé d’accorder autant d’attention à son bien-être mental qu’à son rétablissement physique.
Par ailleurs, le travail s’est avéré salutaire. Me sentant bien, j’ai demandé au médecin traitant si je pouvais continuer à travailler. Il m’a autorisé jusqu’à des demi-journées. J’ai donc continué à participer aux réunions virtuelles et à collaborer avec mes collègues. Enfin, j’ai été un bon patient, écoutant et suivant tous les conseils de mon équipe médicale. J’ai compris l’importance de me maintenir en bonne santé après ma chirurgie.
Quelle valve de remplacement avez-vous choisie, et pourquoi?
Quand la date de ma chirurgie a été fixée, j’ai rencontré le chirurgien. Il m’a présenté les deux choix de valves pour le remplacement, soit la valve mécanique et la valve tissulaire, et expliqué les avantages et les inconvénients de chacune. Il a surtout parlé de mon âge à ce moment-là, 53 ans.
La valve mécanique dure généralement toute une vie et, dans la plupart des cas, n’a pas besoin d’être remplacée. Une valve tissulaire doit souvent être remplacée après un certain temps. Si j’avais été dans ma trentaine ou ma quarantaine, il m’aurait sans doute fortement recommandé une valve mécanique. Si j’avais été plus âgé, la valve tissulaire aurait été plus indiquée. Mais, à 53 ans, j’étais entre les deux groupes d’âge.
Dans mon travail avec les régimes de retraite, je fais beaucoup de gestion de risques. Après discussion avec ma famille, j’ai choisi la valve tissulaire. Je trouvais que le risque associé à une chirurgie de remplacement ultérieure était moindre, grâce aux avancées technologiques comme l’implantation transcathéter de la valve aortique (TAVI).
Le chirurgien a appuyé notre décision de choisir la valve tissulaire.
Comment s’est passé votre rétablissement après la chirurgie?
L’opération s’est bien déroulée, et je suis rentrée chez moi quatre jours plus tard. En recevant leur congé de l’hôpital, les patients reçoivent souvent un document d’information. Sur mon dépliant, on mentionnait certaines des complications possibles – comme « dans 3 % des cas, telle chose pourrait se produire »; « dans 5 % des autres cas, telle autre chose pourrait se produire »; etc.
Au cours des quatre premières semaines, deux de ces rares complications sont survenues, et j’ai dû aller à l’hôpital deux fois. Une fois, c’était ma pression artérielle qui causait la formation de liquide autour de mon cœur. Des médicaments ont résolu ce problème. Puis, un soir, je me suis effondré en me levant de ma position assise à notre îlot de cuisine. Cette fois, ma pression artérielle était trop basse.
Un cardiologue a décrit mon cœur comme étant « en colère » après l’opération : « Rappelez-vous qu’une personne a mis ses mains à l’intérieur et autour de votre cœur. Il se dit “Je vais avoir besoin d’un certain temps pour me remettre de ça.” »
Donc, pendant environ six semaines, j’ai pris des médicaments pour réguler ma pression artérielle. On m’a aussi posé un stimulateur cardiaque. Dès lors, tout allait mieux. J’ai même repris le travail deux semaines après la pose du simulateur.
Chuck profitant d’un moment avec sa fille Kate.
Comment allez-vous aujourd’hui?
Je me sens bien. Je n’ai aucun effet indésirable de la chirurgie. Je suis reconnaissant d’être en vie, de mon travail et, surtout, de ma famille. Ce que j’ai vécu m’a rappelé de ne pas tenir ma santé pour acquise. Je ne considère plus mon temps, ma famille et mes priorités de la même façon.
Qu’aimeriez-vous que plus de gens sachent sur les maladies valvulaires?
Je me suis demandé pourquoi j’ignorais que j’avais un souffle cardiaque. Et si je l’avais su, en aurais-je discuté avec mon médecin sur une base régulière?
Je pense que ça, tout le monde devrait le savoir : il est important pour quiconque de vérifier régulièrement son état de santé, surtout en vieillissant ou en franchissant des étapes de la vie. Si quelque chose ne va pas, ou si une personne proche de vous remarque que quelque chose cloche, ne l’ignorez pas. Posez des questions, faites un suivi auprès de votre médecin et défendez votre santé.
Aussi, j’aimerais voir plus de sensibilisation — comme dans le mouvement contre le cancer du sein. Il y a trente ans, ma mère a reçu un diagnostic de cancer du sein. À l’époque, on n’en parlait pas très souvent; il n’y avait pas de marches un peu partout au pays ou de grille-pain roses à vendre.
Mais, grâce au mouvement, les efforts de sensibilisation ont attiré l’attention aux gens. J’aimerais voir la même prise de conscience en ce qui concerne les maladies valvulaires.
Publié le 11 septembre 2026